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Anthropologie partagée

Cette recherche sur « les nomades du fleuve » s’articule à la démarche rouchienne de « l’anthropologie partagée », qui a par ailleurs inspiré – a priori ou a posteriori – des générations de réalisateurs de films documentaires. Je fais partie de ces chercheurs qui, au départ, se sont engagés dans une anthropologie partagée sans le savoir, et qui par la suite ont assumé cet héritage.

Une telle approche comporte deux facettes.
– La première consiste à considérer les « sujets » de la recherche comme participants (1).
– La seconde vise à établir des ponts entre la connaissance produite par la recherche de terrain et le grand public au Nord comme au Sud (2).

(1) Les pêcheurs nomades comme participants à la recherche
Au départ, il s’agit de se pencher sur un problème défini par les pêcheurs migrants en vue de le documenter et de contribuer à le résoudre à travers une méthodologie visuelle. Cette recherche adopte donc une perspective à la fois émique, participative et engagée.
La “caméra comme mode d’interaction”:
En 2011, à l’occasion d’une visite rendue à un groupe de pêcheurs nomades à Garidji (près d’Ayorou au Niger) le principe de la réalisation d’un film documentaire fut arrêté avec les pêcheurs auprès desquels j’avais été introduit par mon ami Sani Boureima, guide fluvial à Niamey (photo ci-dessus). De leur point de vue, le fait d’être accompagnés d’amis Blancs pouvait peut-être freiner les velléités des agents de contrôle situés sur leur trajet et diminuer les tracasseries administratives. La caméra s’avérait donc un excellent médium pour produire des données empiriques au sein d’un groupe longtemps marginalisé et en quête de visibilité. Grâce à un financement participatif, ma compagne (Lotte Pelckmans), mon ami caméraman (Frédéric Châles) et moi-même embarquions en Décembre 2014 dans une pirogue de Sani Boureima afin de réaliser ce projet de tournage. Nous accompagnâmes un convoi de 6 pinasses transportant environ 250 personnes au total entre la frontière Nigeria-Niger et Niamey.

Dans un tel dispositif d’enquête où les interactions avec les participants à la recherche sont courtes et espacées dans le temps, la restitution est un moment phare. D’une part, elle permet d’approfondir la prise de conscience des participants à la recherche sur les phénomènes qui les affectent, de croiser les analyses du chercheur aux leurs et d’utiliser des supports visuels (film, rushes et photographies) pour produire des réflexions critiques et des connaissances nouvelles. D’autre part, la restitution est une opportunité pour préparer une suite : un second film. La méthodologie prévoit en effet que ce processus soit répété une seconde fois pour échanger nos vues autour du deuxième film et préparer le troisième film. Outre les restitutions dédiées aux pêcheurs, il est prévu d’organiser des ateliers réunissant diverses parties prenantes, notamment des représentants des autorités publiques au Niger, des chercheurs, des organisations de développement et des pêcheurs. Cette approche multivocale est essentielle au processus d’élaboration commune de solutions aux problèmes vécus par les pêcheurs (par exemple dans leurs rapports aux agents de contrôle). Dans ce sens, on peut parler d’une forme d’anthropologie non seulement partagée mais engagée et susceptible d’apporter des solutions dans un contexte global de plus en plus marqué par des tensions sociales et politiques autour de la question des migrations.

(2) Communication empathique
La seconde facette de l’anthropologie partagée vise à atteindre un autre public que les participants. L’anthropologie visuelle a communément pour but de témoigner, de documenter et d’offrir à un public de non-spécialistes un regard sur l’altérité. Il s’agit de mettre l’anthropologie à contribution d’une meilleure compréhension du monde qui nous entoure et que nous participons à façonner.
Dans cette perspective, ce premier film sur les nomades du fleuve offre au spectateur l’opportunité de découvrir, avec un minimum de contextualisation (un texte défilant en guise d’introduction), la façon dont ces gens d’ailleurs se définissent eux-mêmes, envisagent leurs relations au monde, parlent des défis auxquels ils sont confrontés. Les dialogues sont sous-titrés au choix en français ou en anglais. Aucune voix off de l’anthropologue ne vient se surimposer aux voix des autres participants. Ainsi, le film dépouillé de tout jargon anthropologique et de toute analyse savante est livré au public auquel il est donné l’occasion d’exercer son propre jugement sur ce qui lui est donné à voir, à entendre et à ressentir. Et, c’est sans doute cette combinaison singulière entre la communication visuelle et auditive, d’une part, et la « communication empathique » (nos émotions), d’autre part, qui constitue un apport spécifique de l’anthropologie visuelle vis-à-vis de l’écrit. Pour atteindre ce public élargi, plusieurs media sont mis à contribution: film accessible en ligne sur vimeo, le présent site web, exposition photographique itinérante sur les migrations circulaires avec interface participative avec le public, un facebook  https://www.facebook.com/roskildeuniversitetsbibliotek/, des festivals de films documentaires, festivals du film ethnographique.

Le présent site web a pour ambition d’ouvrir une fenêtre sur a research in the making, permettant au public d’appréhender les coulisses d’une discipline encore largement réservée à des spécialistes.
Dans ce sens, l’anthropologie partagée participe à un devoir citoyen.

By Eric Hahonou